Témoignage Elodie et Vincent Espejos-Lucas, militants Quart Monde

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  • Ce sujet contient 1 réponse, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par Josse Annino, présidente Désir d’école, le il y a 10 mois et 3 semaines.
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  • #207
    clotilde granado
    Admin bbPress

    Bonjour à ceux qui ne nous connaissent pas nous sommes Elodie et Vincent et nous avons une enfant en grande section de maternelle et une enfant en CE2.
    Pour commencer, quand on a entendu que les écoles allaient fermer et que les parents aller devoir faire cours on a bien transpiré et bien flippé, on a eu peur de savoir si on allait y arriver et derrière la peur la plus terrible pour nous était que nos enfants prennent du retard sur leur parcours scolaire.
    Ensuite, dans la pratique, la maitresse de Melissa n’a pas envoyé grand chose du coup de notre côté nous avons acheté des livres(passage maternelle à CP) pour la faire travailler.
    De son côté, la maitresse d’Alicia assure et nous envois du travail avec les corrections pour chaque jour.
    De notre côté on fais notre max pour aider Alicia notamment, on passe beaucoup de temps (au moins 4h/5h par jour). Des fois c’est long car Alicia ne comprend pas des choses mais nous on ne connaît pas aussi, du coup on va voir sur internet pour essayer de comprendre et lui expliquer du mieux qu’on peut , en espérant qu’on le fasse bien. Après pour les enfants travailler autant de temps à la maison ce n’est pas facile, elles ont envie d’aller jouer, de voir leur frère, les tentations de faire autre chose que le travail d’école sont trop nombreuses. Du coup on les remet au travail mais ce n’est pas toujours évidents.
    Après on fait avec les circonstances et je sais qu’il y a des familles pour qui la situation est beaucoup plus compliquée. On a des amis pour qui c’est mission impossible de faire le travail avec leurs enfants pour plusieurs raisons ( difficulté scolaire, hyper activité, etc….), déjà que pour les enseignants parfois c’est difficile alors comment voulez vous que des parents qui ne sont pas enseignants y arrivent. De notre coté nous sommes très inquiets pour ces enfants car pour eux le retard scolaire ne va faire que s’accroître durant cette période. Quand on les a au téléphone on se sent bien impuissant du fait de la situation actuelle.
    Il est sur que cette situation que nous vivons va faire de la casse et malheureusement ce sont encore les mêmes qui vont payer les pots cassés ( les enfants les plus en difficulté) . La situation actuelle ne va faire qu’accroître les inégalités. J’espère que cette situation va bientôt s’arranger et que tout va rentrer dans l’ordre.

    #240
    Josse Annino, présidente Désir d’école
    Invité

    Merci pour votre message, qui témoigne bien que la menace qui plane sur
    nous aujourd’hui est autant social que sanitaire. De ma campagne qui
    s’éveille au printemps, je ne fais qu’imaginer ces moments si difficiles
    que vous vivez et je suis désolée d’être impuissante à vous soutenir. Si
    vous avez l’idée de quoi que ce soit que je puisse faire à distance,
    n’hésitez pas à le dire. Ca sera avec plaisir…

    Pour en revenir à Melissa et Alicia, je comprends votre bien votre désir
    de faire au mieux pour les accompagner et votre inquiétude de ne pas y
    arriver mais personnellement, je ne suis pas inquiète pour elles.
    D’abord parce que la « continuité pédagogique » prescrite est juste une
    illusion ! J’ai beaucoup de profs dans mon entourage qui passent leurs
    journées sur leur ordinateur à tenter d’entretenir cette continuité, à
    faire preuve d’inventivité, et même eux disent que c’est mission
    impossible. Ils font semblant, pour rassurer les élèves et leurs
    parents, et parce que leur conscience professionnelle les y oblige,
    mais ils disent bien que, hors la classe et la présence physique auprès
    des élèves, ils ne peuvent garantir que les élèves apprennent… Les
    moments les plus forts sont ceux où ils ont un contact direct, au
    téléphone, avec les familles. C’est bien finalement, on redécouvre toute
    la valeur de l’humain.  Faut-il que les relations soient empêchées pour
    qu’on mesure la force des liens affectifs et sociaux qui participent au
    bon apprentissage ?

    Alors, oui, ce confinement va engendre des inégalités et les parcours
    scolaires des élèves vont être bouleversés, mais c’est vrai pour TOUS
    les élèves et à leur retour en classe, Melissa et Alicia vont retrouver
    des camarades qui auront, comme elles, vécus des choses différentes.
    Aucun élève n’aura appris la même chose que son voisin,et il faudra
    faire confiance aux enseignants et à leurs compétences pour gérer ces
    différences de parcours et refaire du commun. Peut-être même que ce sera
    une belle occasion de favoriser la mutualisation des expériences…

    Je crois que ce qui est dramatique dans cette situation c’est que l’état
    réduise le problème de l’école à une question de  » transmission  » et de
    « travail » et se décharge de la responsabilité qui lui incombe. Cela
    arrangerait bien notre ministre s’il suffisait de communiquer à distance
    les connaissances et les exercices et de dire à nos enfants « travaille ».
    Cela ferait le preuve que les enseignants ne sont pas indispensables.
    Dommage pour lui, il fait la preuve du contraire !!! Dans tous les
    milieux les parents disent leurs difficultés, voire leur impuissance, à
    faire étudier correctement leurs enfants. Les enfants qui s’en sortent
    le mieux sont peut-être une toute petite minorité de jeunes passionnés
    par les études.

    Le vrai privilège dans cette situation, et je pense que là les parents
    ont une carte à jouer, sera pour les enfants qui auront pu mettre à
    profit le temps qui leur était donné pour découvrir autre chose que le
    programme scolaire. Autre chose à prendre dans les ressources familiales
    et locales, la participation aux activités quotidiennes des adultes,
    activités créatives avec ce qui tombe sous la main, bricolage (c’est
    l’occasion de démonter la vielle radio !), chants, jeux en tous genres,
    écriture et lectures non imposées, plaisir des discussions à n’en plus
    finir pour refaire le monde en y associant les plus jeunes… Donc,
    pourquoi ne pas les laisser jouer plus, les accompagner sur ce qui les
    tente et les accompagner pour qu’elles en fasse quelque chose
    d’intéressant ?

    De ce côté là, Elodie et Vincent, je sais que vous avez beaucoup à
    apporter à vos enfants ! C’est bien plus précieux que le travail
    scolaire. Si vos filles tirent de la fierté et de la confiance à avoir
    vécu de bons moments en famille, elles seront prêtes à s’adapter et à
    reprendre sereinement leur scolarité le moment venu.

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